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« État critique » en trois rendez-vous sonores

Combinant création sonore, lectures, conversations et déambulations, trois rendez-vous du collectif COYOTE à écouter pour explorer les périmètres de la question de l’État et rêver à d’autres formes possibles de vie collective

Etat critique, critique de l’État, l’État contre la critique. « La société contre l’État », ou bien l’État contre la société, pour renverser la formule emblématique de Pierre Clastres. En pleine crise sanitaire, l’État s’impose, s’absente, se dévoile, réglemente, surveille, punit, mesure. Face aux questionnements radicaux provoqués par la crise sanitaire sur les relations entre corps et lieux, présences et absences, sujet et État, le collectif COYOTE a constitué durant le confinement du printemps 2020 un groupe d’étude à distance qui trace une généalogie critique de l’État à travers une bibliographie partagée et des lectures collectives. À l’invitation de La Semeuse, COYOTE a proposé à partir de cet automne (2020) une présence en ligne. Une série de trois émissions diffusée sur R22 Tout-monde et sur le site des Laboratoires d’Aubervilliers.

COYOTE est un collectif à géométrie variable, une coopération entre des êtres et des affects, la cristallisation de zones d’affinités. Initié par Tristan Bera, Nuno da Luz, Elida Høeg, Clémence Seurat et Ana Vaz à l’issue de leur expérience commune à l’École des Arts Politiques dirigée par Bruno Latour à SciencesPo Paris, le collectif travaille sur l’intersectionnalité comme sujet et format, à partir de formes conceptuelles et expérimentales élargies : édition, cinéma, conversation performée. Chaque année depuis 2015, COYOTE suit la piste de l’un·e de ses membres pour explorer une nouvelle territorialité à travers un travail d’enquête situé.

État et délire

Décembre 2020 — Le collectif COYOTE invite Olivier Marboeuf pour une conversation à partir de son texte « Vers un cinéma déparlant (une hypothèse caraïbe) » et un arpentage à six voix du premier chapitre de l’ouvrage The Magic of the State de Michael Taussig. Pour fuir l’État vers un « pays en dehors » peuplé de visions et de délire. La conversation se déroule en français et la lecture des extraits de Taussig en anglais.

État, théorie et action

Janvier 2021 — Le collectif invite la commissaire interdépendante Nataša Petrešin-Bachelez à échanger à partir de sa lettre-manifeste adressée à la fondation KADIST et de sa récente action curatoriale Initiative for Practices and Visions of Radical Care. La conversation aborde la nécessité de cultiver une théorie vécue et incarnée politiquement au cœur des institutions culturelles et s’achève, après quelques dérives, par la lecture collective de « Croyez-vous à la sorcellerie », extrait de La sorcellerie capitaliste d’Isabelle Stengers et Philippe Pignarre. Pour appréhender l’État comme une institution vivante faite d’alliances et d’adversités entre humains et non-humains. 

Généalogie oblique de l’État

Février 2021 — En revisitant la méthode de l’arpentage (une technique de lecture issue de l’éducation populaire), le groupe se fait l’écho de textes anthropologiques, de cultures protestataires et de luttes actuelles, de la rexistence des Indiens Yanomami, contre un État déterminé à les faire disparaître, à l’arsenal fasciste qui se met en place en Occident. L’ethnologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro dialogue de manière post-mortem avec l’anthropologue français Pierre Clastres, dans un refus du pouvoir unificateur de l’État. James C. Scott remonte aux origines de l’État pour en dénaturaliser la forme, et tutoie le punk anarchiste grec et le bruit des brigades de la police aérienne à Barcelone. « Fish don’t talk about water », dit l’expression anglaise. À l’heure où l’état critique de l’État est plus visible que jamais, la proposition de COYOTE invite à un réarmement conceptuel pour rêver à d’autres formes possibles de vie collective.

La r22 Tout-monde est une webradio lancée en juin 2014 par Khiasma, plateforme culturelle et centre d’art basé aux Lilas (93), en proche banlieue de Paris. Elle met en circulation et en partage des documents sonores de tous formats, produits par un ensemble de contributeurs de par le monde. Ces documents sont pensés comme des archives vivantes et des ressources pour l’action : conférences, performances, débats, lectures mais aussi création sonore peuplent chaque mois les antennes de cette radio du « Tout-monde ».


Références