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Qui a peur des plantes invasives ?

Restitution audio d’un atelier de sociologie populaire des controverses sur les espèces invasives qui s’est tenue aux Laboratoires d’Aubervilliers en janvier 2021

À l’invitation de la Semeuse, le médialab de Sciences Po a proposé un atelier de sociologie populaire des controverses sur les espèces invasives : une discussion collective s’est tenue aux Laboratoires d’Aubervilliers et a été suivie d’une balade dans le quartier des Quatre-Chemins. Ces deux podcasts reviennent sur l’histoire de deux plantes invasives présentes sur le territoire : la datura et l’ailante.

« Si vous enlevez les plantes il n’y a plus d’abeilles, il n’y a plus rien, c’est radical. C’est à la base de tous les écosystèmes. Ce sont elles à l’origine des sols, c’est l’élément essentiel de tout le monde vivant, de tous les réseaux trophiques. »

Marc Jeanson, botaniste et responsable de l’Herbier national au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris

Malgré la grande diversité de la flore d’Île-de-France, on observe un déclin global et un changement de la composition des populations de plantes. Si la destruction, la dégradation et la simplification des habitats sont identifiées comme les principales menaces, le réchauffement climatique et les échanges commerciaux avec d’autres régions du monde sont également des causes importantes des changements en cours.

Cet atelier s’intéresse aux mutations récentes de la flore francilienne et en particulier à la controverse concernant les plantes dites « invasives » dont il déplie les dimensions écologiques, sociales, politiques et lexicales. Appelées aussi « espèces exotiques envahissantes », elles ont été introduites par les humains en dehors de leur aire de répartition naturelle, volontairement ou accidentellement, et leur propagation peut avoir des impacts négatifs sur les milieux écologiques. Elles font l’objet d’une vision manichéiste dont découle parfois une analogie trop facile entre protection de la biodiversité locale et repli politique identitaire, qu’il s’agit de déconstruire. Les réalités des circulations au sein de humains et des non-humains sont très hétérogènes : la conservation biologique n’est pas le conservatisme politique, et vice-versa. S’il est important de protéger les habitats de menaces ponctuelles, jusqu’où faut-il s’accrocher à l’idée d’une flore régionale spécifique alors même que le changement climatique transforme rapidement les milieux de vie ?

En complicité avec La Semeuse, le programme Forccast (médialab) propose une enquête collective sur les évolutions de notre paysage végétal. L’atelier invite à étudier en groupe, à partir de documents variés et d’une ballade dans le quartier des Labos, les trajectoires de deux espèces présentes à Aubervilliers : la datura et l’ailante. Se pencher sur leur histoire montre qu’elle est complexe et intimement mêlée à celle des humains, aux routes du commerce mondial et de la colonisation, aux transformations liées à l’agriculture.

L’atelier était suivi d’un balade dans le quartier des Quatre-Chemins à la recherche de ces plantes dîtes invasives.

Enregistrement et montage : Sarah Taurinya